Exploration gersoise

Projet Dé(tournées) 2025-2026 – Collectif Freddy Morezon

En février 2026, je me rends à L’Isle-Jourdain, dans le Gers, pour mener une série d’ateliers de cartographie sensible et artistique à l’école élémentaire René Cassin, avec deux classes de CM1 et CM2.

Installée à Toulouse depuis une dizaine d’années, je n’avais pourtant jamais exploré cette ville située à moins d’une heure. Avant même d’y mettre les pieds, je commence donc par une première traversée… numérique.

Cartes en ligne ouvertes, je scrute les zones bleues et vertes : la Save qui traverse la ville, deux lacs — dont un en forme de cœur —, un sentier d’interprétation. En changeant d’échelle, je remonte le cours de la rivière, de sa source sur le plateau de Lannemezan jusqu’à sa rencontre avec la Garonne. Peu à peu, je constitue aussi une première liste d’espèces animales et végétales que nous pourrions observer avec les enfants.

Exploration sensible

Le 3 février marque la première étape du projet : une exploration sensible du territoire.

Nous partons en promenade autour du petit lac, équipé·e·s de kits d’exploration : feuilles de repérage, loupes, enregistreurs, appareils photo. Une première douceur printanière se fait sentir. Après d’abondantes pluies, la Save était sortie de son lit et avait laissé les berges couvertes d’une épaisse couche de boue — pour le plus grand bonheur des enfants.

Nous récoltons des fragments du paysage à travers les sens : voir, écouter, toucher, sentir… mais aussi à travers les émotions, les souvenirs et les pensées spontanées.

Au centre du lac, une île inaccessible habitée par des cormorans capte immédiatement l’attention. Elle devient le point de départ de multiples récits imaginaires.

De retour en classe, cette récolte sensible prend la forme d’une grande carte mentale collective.

Le vivant

Lors de la deuxième étape, les élèves découvrent la faune et la flore locales à partir d’une sélection de descriptions d’espèces.

Certaines, comme la nèpe cendrée — insecte aquatique muni d’un siphon pour respirer — ou l’orvet fragile — lézard sans pattes souvent confondu avec un serpent — nourrissent à la fois curiosité et étonnement.

Après un temps de démonstration et d’exploration technique, guidé·es par leur imagination, iels ont peint les portraits des animaux et des plantes aux encres aquarelles.

J’ai créé ce livret numérique qui regroupe les créations.

L’archipel imaginaire

À partir des observations de terrain émerge une nouvelle hypothèse : et si L’Isle-Jourdain était un archipel ?

Les crues récentes de la Save, en fragmentant temporairement le paysage, renforcent cette vision insulaire.

Nous avons imaginé l’approche de cet archipel — par la mer ou par les airs — puis tenté d’en capturer la première vision topographique à travers des maquettes-collages mêlant papier et dessin.
Chaque explorateur·rice a découvert sa propre île.

Photocopies de cartes géographiques et images satellites ont servi de matière première pour façonner les silhouettes d’îles imaginaires.

Écraser, plier, superposer, froisser, déchirer, découper, recomposer… Les consignes de gestes pour faire émerger de nouveaux paysages.

A la fin de l’atelier, j’ai numérisé les collages grand format (1m x 2,5m environ) et j’ai poursuivi le travail sur Photoshop afin de créer une mise en page colorée de la carte de l’archipel.

Cartographier l’imaginaire

Dernière étape : cartographier ces territoires inventés.

À l’aide d’une fiche d’exploration, les élèves construisent leur île en répondant à plusieurs questions : climat, faune, flore, présence humaine, aménagements, zones particulières…

Chacun·e réalise ensuite une carte à l’échelle de son choix, en mobilisant les techniques explorées : encres, collage, dessin. Certaines cartes représentent l’ensemble de l’île, d’autres se concentrent sur un détail ou ses abords.

Cette phase marque la fin d’un voyage collectif, où observation du réel et projection imaginaire se sont mêlées.

Prolongements artistiques

La semaine suivante, nous nous sommes réuni·e·s avec cinq autres artistes — Céline Schmitt, Ivon Delpratto, Audrey Houdart, Luc Fagoaga et Sébastien Cirotteau — à la MJC La Maisoun de L’Isle-Jourdain pour une semaine de laboratoire artistique.

Avec le dispositif scénographique original de la Cie Espécéga, nous avons exploré les croisements entre les matières récoltées lors de nos ateliers et rencontres à L’Isle-Jourdain depuis fin 2025 : textes, enregistrements sonores, dessins…

Cette recherche a donné lieu à une performance de 40 minutes présentée le 27 février.

Vidéo à venir !


Projet Dé(tournées), une production du collectif Freddy Morezon, menée en partenariat avec le Pays Portes de Gascogne.
Il bénéficie du soutien du programme européen LEADER, de la DRAC Occitanie, de la Région Occitanie, du Pays Portes de Gascogne et de la DAAC via la DSDEN 32.
Un grand merci à Alexandra Cirotteau pour la conception et la coordination du projet Dé(tournées), à Sandrine Thomas, conseillère pédagogique, pour son accompagnement tout au long des ateliers et pour la création d’un
document interactif retraçant le projet.
Merci également à Jean-Pierre et Françoise, enseignant·e·s de l’école René Cassin.

En bref :
Lieu : Ecole élémentaire René Cassin et la MJC Maisoun, L’Isle Jourdain (32)
Quoi & qui : Ateliers de cartographie sensible & laboratoire artistique pluridisciplinaire. Avec Cie Espécéga et le Collectif Freddy Morezon
Quand : février 2026